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- Merci à Sylver Belister pour sa coopération sur cet article.


Il était une fois, dans la grande cité d'Arkan, un homme qui avait de grands rêves. Oh, non, il n'était ni prince, ni même noble. C'était un homme du peuple, un pauvre hère avec qui la vie n'avait visiblement pas été très tendre : il était toujours vêtu de manière très chiche, portait chaque jour qu'Arceus fait le même chapeau mité, le même costume rougeâtre maintes fois reprisé, et les mêmes braies tellement délavées que leur couleur d'origine en était devenue méconnaissable. Ses chaussures, usées jusqu'à la corde, ne protégeaient même plus ses pieds des cahots des routes. La journée, cet homme aimait flâner dans la ville, observant avec un regard rêveur le contenu des étals des marchés. Puis, quand venait l'heure des repas, il se rendait dans une des tavernes de la ville et demandait quelques restes aux aubergistes. Mais ces derniers n'étaient pas tendres avec celui qu'ils considéraient comme un pique-assiette particulièrement tenace. Alors, pour attendrir leur cœur de pierre, l'homme sortait son seul bien de valeur de sa besace à demi-déchirée, un étui dans lequel reposait son violon. Comme tout le reste de ses possessions, ce dernier ne semblait pas avoir échappé aux ravages du temps.

Malgré cela, le son qui en sortait était tout simplement magnifique, et tout son auditoire ne pouvait qu'être subjugué par son talent de musicien. Lorsqu'il jouait, ceux qui l'écoutaient pouvaient pratiquement voir les paysages et les personnes que sa musique évoquait : une belle lande par un chaud matin d'été, une clairière obscure par un soir d'orage, ou encore une lumière d'argent par une nuit sans lune. Touchés par son art, les tenanciers, en remerciement, lui offraient alors le couvert, et parfois même, le gîte pour la nuit. Il parlait très peu, de fait, tous ignoraient son nom et son passé, ainsi que son âge, mais ses manières étaient plus que correctes, aussi les gens l'avaient-ils surnommé, un peu ironiquement, le dandy.

Le dandy semblait la plupart du temps perdu à l'intérieur de lui-même, dans son propre monde et dans ses rêves, dont il ne semblait émerger que pour jouer sa musique. C'était un être solitaire de nature mais qui pourtant, avait une curieuse compagnie : en effet, un beau jour, alors qu'il terminait de jouer un de ses morceaux favoris, une Feuforêve traversa le mur le plus proche de lui, pour venir l'écouter. Mais une fois la représentation terminée, le petit fantôme commença à suivre l'humain partout. Ce dernier ne s'en formalisa pas, il aimait beaucoup cette compagne discrète, mais qui savait l'aider en cas de besoin. En fait, la Feuforêve lui avait souvent sauvé la mise, notamment en le faisant disparaître grâce à ses pouvoirs alors qu'il était poursuivi par des malfrats qui souhaitaient le brutaliser. Pour une raison inconnue, le fantôme avait à cœur de prendre soin de son dresseur improvisé...

Puis vint le jour où le nouveau gouverneur de la cité fut nommé. Le dandy, qui traînait dans la rue, vit la procession d'honneur défiler dans les rues et comme il n'avait rien de mieux à faire, décida de la suivre de loin, flanqué de sa Feuforêve. Et soudain, alors qu'il regardait avec candeur le palais du nouveau gouverneur, il la vit. La beauté elle-même. Il s'agissait d'une jeune fille aux longs cheveux noirs et fins et aux yeux bleus, qui était en train de regarder à travers la fenêtre. Elle portait une longue robe de satin noir. Mais son regard semblait triste et vide, et malgré tous les gestes qu'il fit pour attirer son attention, elle ne le remarqua pas, restant perdue dans sa mélancolie. En dernier recours, il sortit même son violon et commença à jouer ses merveilleuses mélodies, dans l'espoir que l'une d'entre elles atteigne le cœur de la jeune demoiselle. Mais c'était peine perdue. Soit elle y était insensible, soit elle ne les entendait pas. Au bout de longues heures de persévérance, sans avoir réussi à obtenir un seul regard de sa belle, le dandy rendit les armes, rangea son violon et son archer et regagna son misérable taudis pour enfouir dans son sommeil toute la tristesse qu'il ressentait. La Feuforêve voyait son chagrin, mais elle ne savait que faire pour le consoler. Il s'endormit aussitôt et fut réveillé bien plus tard, par deux voix d'hommes proches, qui discutaient non loin de sa ruelle :

« T'as entendu la nouvelle ? — Non, laquelle ? — Le nouveau gouverneur offre la main de sa fille unique, la belle Ariana, à celui qui arrivera à la faire sourire à nouveau. — Oui, je l'ai aperçue, la pauvre, on dirait qu'elle porte toute la misère du monde sur ses épaules. Tu sais, je suis père, moi aussi, et je comprends le gouverneur. Si l'une de mes filles faisait cette tête toute la journée, je tenterais l'impossible pour lui faire éprouver un peu de joie. — Hé oui... En plus, personne ne sait pourquoi elle est dans cet état. Certains pensent que c'est à cause d'une malédiction, mais personne n'en a la preuve. Quoiqu'il en soit, moi aussi je suis marié, cette quête ne m'intéresse pas. Mais si j'avais eu à le faire, je me serais sans doute rendu sur l'Île du Poisson, au sud. Là-bas, les jeunes amoureux, au moment de prononcer leurs vœux, partagent un fruit local, qui s'appelle le fruit Paopou. On prétend que ce fruit portera bonheur à leur union, voire qu'il renforcera l'amour qui les unit. Et d'après un cuisinier de mes amis, c'est l'un des meilleurs fruits au monde, sinon le meilleur. Si ce fruit ne peut pas la guérir de son mal, je ne vois pas comment y arriver... — Ah, les nobles légendes où il faut sauver la belle demoiselle ont toujours autant de charme... Mais bon, nous avons passé l'âge d'y croire, mon ami ! Sur ce, il faut que je rentre, à bientôt !— Oui, tu as raison, ce n'est plus de notre âge. À bientôt ! »

Et les deux hommes se séparèrent. Le dandy, qui avait tout entendu, se leva de sa mauvaise paillasse. Dans un état d'intense fébrilité, il entreprit de préparer ses affaires pour un long voyage. Il irait sur l'Île du Poisson. Il cueillerait le fruit magique, il le ramènerait à Arkan. Puis il guérirait le cœur de sa belle de sa tristesse et il lui demanderait sa main. Pour lui tout était aussi simple que cela. La Feuforêve commençait à trouver son obsession pour cette jeune fille assez inquiétante, aussi essaya-t-elle de le dissuader de partir, en vain. Par dépit, elle choisit alors de le suivre, afin de continuer à veiller sur lui. Le voyage leur prit plusieurs semaines, mais ils finirent, une fois arrivés dans les ports des environs de Comodo, par trouver un capitaine de bateau qui voulut bien leur faire traverser la mer en échange d'une animation musicale pour ses hommes et lui. Le dandy accepta le marché et quelques jours plus tard, il était arrivé sur l'île.

Là, il entreprit de se rendre directement dans la Forêt Paopou, où poussaient les fruits mystérieux. Mais il croisa un indigène, qui le mit en garde : pour une raison inconnue, Registeel, le golem d'acier du temple Hydro, qui se trouvait aussi sur cette île, n'arrêtait pas, depuis quelque temps, de pousser ses rugissements métalliques, et ces derniers rendaient tous les Pokémon locaux agités, à tel point que la forêt était bien moins sûre qu'en temps normal.

Le dandy remercia l'homme, mais poursuivit son chemin. Il était résolu, et ces Pokémon ne l'arrêteraient pas. Mais à peine avait-il fait quelques pas dans la forêt qu'il se fit charger par un troupeau de Vortente, puis par une meute de Goinfrex. Il ne pouvait pas faire cent pas sans tomber sur une harde de Pokémon affolés qui menaçaient de le piétiner, tandis qu'au loin résonnaient les grincements de Registeel, pareils à une horrible mélopée funèbre qu'on aurait jouée sur un violon désaccordé. Mais cette pensée lui donna une idée : écoutant attentivement les sons produits par le géant, il chercha alors à les intégrer dans une de ses propres compositions, en tant qu'instrument complémentaire. Après tout, ces bruits métalliques étaient pareils aux complaintes qu'il jouait dans ses mélodies les plus tristes. Mais le dandy était persuadé que même les chagrins les plus immenses pouvaient être consolés, aussi, comme lorsqu'il avait contemplé le triste visage de la belle Ariana, il commença à jouer. Au début, ce n'était pas un air gai. Pas spécialement triste non plus, mais il reprenait les notes jouées par le titan d'acier pour les enjoliver d'une touche de gaieté. Puis, petit à petit, il se détacha de l'air du golem pour continuer sur sa propre mélodie, complètement improvisée, mais qui suivait toujours le tempo lent et calme imposé par Registeel. Lorsqu'il s'arrêta de jouer, les gémissements métalliques s'étaient tus, et la faune de la forêt était retournée à sa vie paisible. Il avait réussi.

Il parvint finalement à trouver le fameux fruit et, affamé, il en mangea une bouchée. Mais son acte n'était pas motivé par que la faim : si la légende disait vrai, alors il aurait besoin de toute la chance contenue dans ce fruit pour guérir Ariana, chance qu'il partagerait avec elle lorsqu'elle mordrait le fruit. Finalement, épuisé par ses récentes aventures, il finit par s'endormir au pied d'un arbre Paopou, dans cette forêt pacifiée, en serrant son trésor contre lui.

La Feuforêve, qui l'avait surveillé de loin, réapparut à ce moment-là. Plus ils approchaient de leur objectif, plus elle était en colère contre lui car il se mettait de plus en plus en danger et ce, sans raison, selon elle. Et d'ailleurs, elle allait tirer ça au clair, et tout de suite ! En tant que Pokémon Spectre, elle en savait beaucoup sur la magie. Si ces fruits avaient un quelconque pouvoir, elle le saurait dès la première bouchée. Et s'ils n'en avaient pas, alors son ami humain aurait fait ce voyage pour rien, car si la belle Ariana était effectivement sous l'emprise d'une malédiction, alors de simples fruits, aussi exquis fussent-ils, ne suffiraient jamais à la guérir. Elle goûta donc la baie que le dandy gardait précieusement contre lui, et se sentit aussitôt désolée pour lui. Le fruit était certes bon, mais il ne détenait aucun pouvoir. Hormis son goût, tous ses bienfaits n'étaient que des superstitions humaines locales, elle était formelle là-dessus. Mais comment l'annoncer à l'homme qui était paisiblement endormi à ses côtés ? L'écouterait-il seulement ?

Elle était toujours indécise lorsqu'un bruit la troubla dans sa réflexion nocturne. Quelqu'un venait d'arriver dans la forêt, juste à côté d'elle. Et pas n'importe qui : il s'agissait du mythique elfe sylvestre Celebi. En effet, la Forêt Paopou était reliée à son domaine verdoyant et adoré, comme toutes les forêts, et il s'y était rendu après avoir senti une agitation inhabituelle qui la troublait, alors que maintenant, tout semblait revenu à la normale...

« Bonjour, se présenta-t-il, je suis Celebi, esprit protecteur des forêts. Est-ce toi qui as calmé l'ire de Registeel ? Si tel est le cas, tu as toute ma gratitude. — Je n'ai rien fait, révéla la Feuforêve, c'est cet humain assoupi, là, qui l'a apaisé avec sa musique. C'est un excellent musicien mais... Il ne fait... Il ne fait que rêver. J'aimerais qu'il fasse plus attention à lui. C'est... C'est mon seul ami et je ne veux pas qu'il lui arrive quelque chose. Avant de le rencontrer, j'ai beaucoup voyagé. Je suis même déjà venue ici, à la recherche de quelqu'un... Quelqu'un comme lui. Alors maintenant que je l'ai trouvé, je n'ai pas envie de le perdre. — Humm, je vois, répondit Celebi. À l'origine, j'avais prévu d'offrir une récompense à celui qui avait protégé ma forêt, mais comme il est endormi et que tu sembles bien le connaître... Dis-moi, que penses-tu qu'il mérite comme récompense ? — Si c'est en votre pouvoir, répondit aussitôt la Feuforêve, j'aimerais qu'il oublie la femme qu'il aime. Il n'existe aucun moyen de lui faire retrouver le sourire, et il se fourvoie en pensant que ce fruit y parviendra. La découverte de son échec le rendra plus malheureux que jamais. Alors, pour le protéger, voudriez-vous faire cela ? — Je pourrais le faire en effet. Mais j'ai compris ce qu'il se passe. Il ne mérite pas telle récompense. Il n'y a effectivement aucun moyen naturel de guérir cette demoiselle. Mais il mérite autre chose, quelque chose de bien plus réel que cet amour chimérique. Ton ami est un être fait de rêve et d'idéal qui vit en permanence dans un monde d'illusions, bercé par ses rêves. Et toi seule t'en rends compte. Mais ce que tu ne réalises pas, c'est que ta propre tristesse vous a rendus semblables : toi aussi, tu es empêtrée dans tes propres illusions. Oui, le futur m'apparaît clairement. Je vois ce qu'il faut que je fasse. Je vous offre... Une chance. À tous les deux. Saisissez-la. »

Et il disparut. Aussitôt, la pauvre Pokémon fondit en larmes. Celebi avait raison. Ses sentiments pour cet humain étaient bien plus forts que de la simple amitié. Et depuis tout ce temps, elle se berçait d'illusions. Jamais elle ne pourrait l'avoir pour lui. Soit. En ce cas, ce qu'elle pouvait souhaiter de mieux pour lui était qu'il soit heureux. Et cela devait sans doute être cela, la « chance » offerte par Celebi : l'elfe sylvestre avait probablement enchanté le fruit afin qu'il puisse exaucer le souhait du dandy. Quant à elle, sa chance n'était rien de plus qu'une opportunité de saisir la réalité. Très bien. Son seul souhait était de le voir heureux. Même si cela signifiait devoir y renoncer... Celebi avait raison, elle ne pouvait pas continuer à vivre dans le mensonge et dans le déni... Elle mit de longues heures pour trouver le sommeil, mais lorsqu'il vint, il fut sans rêve et réparateur pour le pauvre fantôme épuisé.

À son réveil, le dandy fut surpris de trouver son amie endormie à ses côtés, car cela faisait plusieurs jours qu'il n'avait fait que l'apercevoir. Il attendit patiemment qu'elle se réveille, lui souhaita le bonjour, et se mit en route aussitôt. Il était si pressé qu'il ne remarqua pas que quelqu'un d'autre avait mordu dans son trésor. Il voulait rapporter le fruit miraculeux à sa belle le plus vite possible ! La Feuforêve l'accompagna et ils voyagèrent de concert, dans la bonne humeur, comme si ces derniers jours, qui les avaient séparés, n'avaient jamais existé. Pourtant, le spectre savait que le moment des adieux était proche, et cela l'attristait...

Enfin, ils rentrèrent à Arkan. Sur la fin du voyage, la Feuforêve s'était montrée de plus en plus déprimée, malgré toutes les tentatives de son ami pour lui remonter le moral. Mais comme il ne comprenait pas la raison de son état, il n'avait pu faire grand-chose... Aussi le petit fantôme préféra s'isoler pendant que le dandy allait apporter à sa belle le remède miracle, pour laisser éclater sa tristesse. L'homme se rendit à toute vitesse au palais du gouverneur, où il apostropha en ces termes l'employé chargé de l'accueil : « Excusez-moi, mais je suis ici pour mademoiselle Ariana, dit-il en brandissant le Paopou tel un trophée, j'ai trouvé le moyen de la guérir de son mal ! — Je vous demande pardon, monsieur, demanda l'employé, très étonné par le comportement de cet inconnu, mais parlez-vous de mademoiselle Ariana, la fille du gouverneur ? Monsieur, j'ai le regret de vous apprendre qu'elle est morte, il y a plus de cinq ans... »

Le dandy comprit instantanément que l'homme ne mentait pas. Était-il seulement possible... Qu'il ait tout imaginé ? Mais... Mais... Le visage à la fenêtre... La conversation entre les deux hommes... Non, ce n'était pas vrai, ça ne pouvait pas... Et il sortit du palais en courant sous l'œil médusé du préposé, sans pouvoir retenir ses larmes, en direction du cimetière de la ville. Il lui fallait... Il voulait encore croire que tout ceci n'était qu'un cauchemar. Dans son affolement, il ne remarqua même pas qu'il avait toujours son fruit avec lui. Finalement arrivé, il chercha la tombe comme un fou furieux pendant de longues minutes, courant dans les allées de pierres dressées. Quand il trouva enfin celle de sa bien-aimée, il tomba à genoux et commença à pleurer, détruit par le chagrin et l'incompréhension.

Toutes ces années passées aux côtés du dandy avaient créé un lien entre la Feuforêve et lui. Aussi, elle sentit immédiatement son immense peine, à côté duquel la sienne lui semblait dérisoire. Aussitôt, elle se précipita vers la position de son ami, pour voler à son secours. Elle le trouva prostré, avachi, et serrant dans ses deux mains une pierre tombale, tout en répétant doucement, entre deux flots de larmes, le nom de son aimée : « Ariana... Ariana ».

Feuforêve n'arrivait même plus à éprouver de la colère envers cette femme. Pas alors que, comme l'indiquait la pierre tombale, elle était morte depuis cinq ans, et surtout pas lorsque l'homme qu'elle aimait était dans cet état. Et si c'était ça, la fameuse récompense de Celebi ? Avait-il utilisé ses pouvoirs temporels pour faire mourir cette fille plus tôt dans le passé afin qu'eux deux puissent vivre ensemble ? Mais jamais un dieu n'aurait fait quelque chose d'aussi cruel, n'est-ce pas ? Mais alors quel pouvait bien être ce cadeau ? Était-ce vraiment la peine de son ami, sa récompense ? Non, l'elfe avait dit... Il avait dit qu'elle vivait dans l'illusion... Mais quelle illusion ? Mais... Mais oui bien sûr ! Elle se souvenait de tout ! Elle était déjà venue dans ce cimetière, avant l'arrivée du nouveau gouverneur. Elle avait déjà vu cette tombe. Et elle l'avait remarquée parmi les autres parce qu'elle avait trouvé le prénom gravé dessus très beau. Si elle avait été humaine, elle se serait appelée comme ça, c'était ce qu'elle s'était dit alors. Et puis... Et puis... Bon sang, mais qu'avait-elle fait cette nuit-là ? Oui, elle se souvenait. Elle avait même projeté une illusion pour... Pour savoir à quoi elle ressemblerait si elle avait été humaine... Si elle avait vraiment été Ariana. Oh, pas celle qui était morte, non ! Juste... Elle-même, mais en humaine. Et puis... elle se souvenait être entrée dans une colère noire. Pourtant, le résultat de son illusion avait été plus que concluant mais... Mais lorsqu'elle avait réalisé que cela ne pourrait jamais être plus qu'un simple mirage, c'est qu'elle s'était mise en colère, contre elle-même ! Parce que... Parce que devenir humaine, pleinement humaine, pas juste en apparence, était le seul moyen que son amour pour cet homme soit reconnu par tous. Le dandy l'aimait en tant que Pokémon, mais elle n'avait aucun moyen à sa disposition pour lui faire comprendre toute l'étendue de ses sentiments à elle. Et cet échec avait été tellement blessant, que sa conscience avait tout fait pour l'oublier !

Pourtant... Pourtant, elle n'avait pas pu résister à l'envie de tester son apparence humaine, son seul souvenir de cette nuit devant l'homme qu'elle aimait ! Et le hasard avait voulu qu'elle projette son illusion dans la maison de la famille de cette Ariana-là... Alors même que sa conscience avait refoulé tout ce qu'elle avait fait la nuit précédente... Tout, sauf l'image de cette femme ! À partir de là, son inconscient et ses pouvoirs magiques avaient fait le reste, créant un véritable monde d'illusion dans lequel elle s'était piégée elle-même avant d'y entraîner celui qu'elle aimait... La fille du gouverneur, la discussion des deux hommes, tout ce qu'ils avaient vécu jusqu'à leur arrivée sur l'Île du Poisson n'étaient que des illusions générées par son esprit qui préférait créer une histoire abracadabrantesque et illusoire plutôt que d'accepter son échec. Mais elle pouvait se racheter ! En rétablissant la vérité ! Et il n'y avait qu'une seule manière de l'annoncer. Elle convoqua alors ses pouvoirs et prit l'apparence fantomatique de celle dont elle avait été si jalouse... Elle-même... Bien sûr, cela ne changerait rien au fait qu'elle était Pokémon et lui humain mais... Au moins cesserait-il de courir après un fantôme, et avec le temps, espérait-elle, sa peine se dissiperait. Tandis qu'elle faisait apparaître l'illusion, l'habitant comme on enfile un manteau, cette seconde peau temporaire qui n'en était pas une, l'ultime révélation se fit dans son esprit : ainsi, c'était cela la récompense du dieu... Ce qui dissiperait les illusions... La vérité !

Aussitôt, le temps sembla se figer autour d'elle. « Pas du tout, répondit une voix qu'elle connaissait bien, ce que je vous offre, à ton bien aimé et à toi, est quelque chose de beaucoup plus important. Quelque chose qui vous permettra de bâtir et de protéger votre futur : l'espoir. » Aussitôt, la Feuforêve éprouva une curieuse sensation, complètement inédite : ses membres humains, jusque-là fantomatiques, se firent plus denses, ils étaient... solides. Mais alors, elle était... « Je suis le gardien des forêts, mais aussi celui du futur, expliqua Celebi. Et j'ai besoin de gens comme vous pour m'aider à le bâtir. Tes illusions t'ont peut-être égarées une fois, mais c'est également grâce à elles que tu as pu revêtir cette apparence. Ne te laisse plus piéger par tes désirs. Au contraire, utilise-les pour atteindre l'avenir que tu souhaites pour ceux que tu aimes ! Grâce à tes pouvoirs, tu connais la fragilité du destin. Tu pensais ton amant perdu pour toi à jamais. Pourtant, ni lui ni toi n'avez baissé les bras lors de cette quête. Tu es bel et bien digne de ce don. Je sais que vous répondrez à mon appel lorsque j'aurai besoin de vous. En attendant, vivez une belle et longue vie. — Merci, » murmura simplement Ariana.

Au fond d'elle-même, elle sentait qu'elle était toujours une Feuforêve, mais il lui suffisait maintenant d'une pensée pour changer d'apparence. D'apparence réelle. C'en était fini de s'enfermer dans des illusions. Maintenant, elle utiliserait ses dons pour construire son futur, comme l'avait dit le dieu. Et elle allait commencer maintenant ! Sous sa nouvelle forme humanisée, elle était vêtue de la même longue robe de satin noire que celle que portait l'apparition. Elle attendit quelques instants que le temps reprenne son cours normal, puis elle posa simplement sa main sur l'épaule du dandy, qui continuait de murmurer son prénom. « Je suis là, mon amour », dit-elle simplement. Stupéfait, l'homme se retourna. Malgré son apparence humaine, il ne manqua pas de remarquer les similitudes entre cette femme et la Feuforêve. Et pourtant, pas de doute possible, cette femme était bien son Ariana ! Ce qui signifiait que... « C'est toi, » répondit-il, en versant des larmes de joie. Et ils s'embrassèrent passionnément. Entre eux, à leurs pieds se trouvait le fameux fruit Paopou, sur lequel on pouvait nettement distinguer deux marques de morsure.

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