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- Merci à Nina Wang pour sa coopération sur cet article.


Il y a bien longtemps, dans les contrées froides et inhospitalières du Pays de l'Eau, un garçon naquit, dans une famille simple, mais heureuse. Élevé avec amour et dans le respect d'autrui, Sookye devint rapidement un jeune homme agréable et avenant, dont l'entourage faisait de nombreux éloges, et dont tout le monde appréciait la compagnie, si bien qu'il se lia d'amitié avec un adolescent de passage dans son village. L'autre garçon était le fils d'un ambassadeur nalcien, qui avait demandé l'hospitalité pour la nuit, la tempête de neige qui faisait rage étant trop puissante pour qu'il continue son voyage vers Arkan.

La famille de Sookye leur offrit donc le gîte et le couvert, et lorsqu'à la nuit tombée les plus jeunes durent quitter les adultes afin de dormir, Imad, le fils de l'ambassadeur, discuta avec le Mizuhanien, ravi de trouver enfin un camarade et un ami pendant ses longues heures de marche et de vol avec son père. En cachette, ils parlèrent beaucoup, et longtemps, et ce ne fut qu'une fois la lune haute dans le ciel qu'Imad avoua à son nouveau compagnon : « Tu sais, j'ai une petite sœur, et j'aimerais qu'elle nous accompagne pendant nos voyages... Mais malheureusement, depuis qu'elle est née, elle souffre d'un mal qu'aucun médecin de notre pays ne parvient à guérir. Nous avons fait venir des Guérisseurs des quatre coins d'Érasia, mais aucun d'entre eux n'est parvenu à l'aider... »

Touché par l'histoire de son ami, Sookye lui promit de tout faire pour devenir un grand médecin, et dès le départ de l'ambassade, il se mit à s'entraîner dur pour maîtriser l'eau bienfaitrice et salvatrice, fier du vœu qu'il avait fait à Imad. En quelques années seulement, il fut capable de résorber les plus terribles des blessures, de dresser les murs les plus efficaces et de pénétrer l'esprit des malades pour chercher le mal à sa source et pour l'y éliminer. Il était devenu un Guérisseur de talent, un Gardien d'exception et un Marcheur de Rêves fabuleux. Heureux d'avoir pu atteindre les objectifs qu'il s'était fixés, il envoya un long message à son ami afin de le prévenir de l'accomplissement de sa tâche, ainsi que de sa visite prochaine au pays de l'Air, une fois ses préparatifs de départ achevés. Imad, ému par la promesse que son camarade avait tenue malgré les années, et impatient de le retrouver, se rendit au plus vite au pays de l'Eau afin de le remercier, et afin d'effectuer le trajet vers Nalcia avec lui.

Hélas, lorsqu'il arriva enfin, après plusieurs jours de voyage, au village de Sookye, celui-ci l'informa d'une terrible nouvelle : tous les habitants souffraient d'une épidémie particulièrement virulente, empêchant ainsi le Mizuhanien de quitter les lieux pour se rendre à Nalcia pour guérir la jeune sœur d'Imad, prénommée Naïma. En dépit de ses grands pouvoirs, et de son talent, la maladie qui clouait les villageois au lit était trop grave pour qu'il puisse les en débarrasser avec quelques incantations... Sans compter que les pauvres gens avaient besoin de sa présence pour se sentir rassurés face au désarroi croissant qui les gagnait, à mesure que leurs proches étaient emportés par le mal. Sookye avait déjà demandé de l'aide aux villages voisins, mais même avec l'appui et le soutien de ses pairs, il n'était pas sûr de pouvoir aller aussi vite qu'il le désirait...

Désespéré, le jeune mystique de l'air se trouvait dans une impasse. L'épidémie qui faisait des ravages dans le village risquait de durer longtemps, trop longtemps, et Imad savait que Sookye ne partirait pas avec lui tant que tout son entourage ne serait pas guéri. Mais cela prendrait des mois, et le jeune ambassadeur connaissait l'état de sa sœur : rongée par la maladie, elle était déjà si faible qu'elle ne pourrait probablement pas survivre le temps que le Guérisseur, Gardien et Marcheur de Rêves n'arrive jusqu'à elle... Et il était impossible de la faire venir jusqu'au Pays de l'Eau, car son corps ne tiendrait pas avec un tel voyage. C'est alors que Sookye proposa à son ami : « Imad, pourquoi ne pas enfermer un peu de mes pouvoirs pour l'apporter à ta sœur ? Je suis sûr qu'avec de l'eau que j'aurais créée et purifiée avec mes dons, Naïma pourrait être maintenue en vie jusqu'à ce que j'aie pu guérir tout mon village, avec l'aide d'autres médecins. »

Le Nalcien sentit l'espoir revivre en lui, et avec Sookye, lorsque le Mizuhanien n'était pas au chevet des malades, dans de rares moments d'accalmie, il chercha à enfermer de l'eau bienfaitrice dans un pot en terre. Mais, trop sensible à l'humidité, le pot se décomposa en un tas de boue informe.

« Si la terre ne peut enfermer mon pouvoir, essayons avec le bois. »

Sookye créa une bulle d'eau brillante et lumineuse, qu'il déposa dans une boîte rectangulaire taillée grâce aux arbres de la forêt de Loukaï. Peine perdue : le bois but l'eau comme un récipient assoiffé, réduisant à néant les efforts des deux amis.

« Si le bois ne fonctionne pas, alors, nous pouvons tenter d'emprisonner ma bulle avec du verre. »

Imad apporta une fiole en verre à son compagnon, qui fit glisser l'eau de ses doigts vers l'intérieur. Le liquide resta d'abord stable, puis se mit à tourbillonner dans le conteneur, qui explosa en mille morceaux, trop fragile face au grand pouvoir que portait l'eau du mystique.

Le désespoir put se lire sur le visage d'Imad. N'y avait-il donc aucun récipient capable de contenir l'extraordinaire pouvoir de son ami ? Ce dernier, désolé de ne rien pouvoir faire pour celui qui était à l'origine de sa vocation, suggéra alors de créer quelque chose de spécial, quelque chose qui renfermait suffisamment de puissance élémentale pour pouvoir emprisonner son eau sans se briser. Puisque tous les conteneurs classiques avaient échoué, ils allaient devoir inventer entièrement un récipient exceptionnel et adapté à la puissance du Guérisseur, au lieu de se contenter d'utiliser ce qu'ils connaissaient déjà.

Imad, qui de son côté avait beaucoup étudié pour trouver un remède pour sa sœur sans jamais trouver une solution efficace, approuva l'idée de Sookye, mais se demanda comment il pourrait la mettre en œuvre. Sookye fit donc venir des amis, qui avaient été formés en même temps que lui, mais qui avaient découvert qu'il existait un autre moyen, mystérieux et dangereux, pour manipuler leur élément afin d'en modifier les propriétés et la teneur en eau. En effet, si Sookye excellait dans toutes les voies de l'élémentalisme dédiées à la défense d'autrui, le chemin que ses camarades avaient commencé à arpenter, en revanche, lui était totalement étranger. Alors, si les trois Mizuhaniens étaient prêts à faire de nouvelles expériences afin de modeler l'eau en l'utilisant pour soutenir leurs camarades, et non pas pour attaquer leurs ennemis ou pour protéger leurs alliés, peut-être pourraient-ils trouver une manière de dompter le liquide ou le vent pour enfermer les talents de Sookye...

Des jours durant, les trois anciens élèves et camarades de classe du Guérisseur élaborèrent des formules compliquées pour essayer d'emprisonner l'eau salvatrice. Mais toujours leurs créations finissaient par s'effondrer, ou se désagrégeaient, incapables de retenir les puissantes vertus des talents de leur ami. Impuissant, Imad assistait à leurs tentatives, sans jamais y participer, trop peu sûr de ses propres capacités pour oser faire quoi que ce soit... Car toutes ses précédentes tentatives, toutes les nuits qu'il avait passées à lire, à tester, à expérimenter n'avaient servi à rien et, peu à peu, le jeune homme avait perdu courage et confiance, le conduisant ainsi à ne se reposer que sur les talents des médecins de son pays. La lettre que Sookye lui avait envoyée avait été pour lui un rayon de soleil inattendu, et voilà que de nouveau, le découragement le gagnait, devant l'impuissance de ceux que tous surnommaient « ceux qui osent »...

Alors, au bout du quatrième jour, Aïdo, le plus téméraire des trois jeunes garçons, dit à Imad : « Pourquoi ne pas essayer avec l'air ? Je suis sûr que tu es fort, et que tu saurais créer un objet assez résistant pour que la Bulle de Sookye n'éclate pas avec les parois. »

Hésitant, Imad finit par accepter. Il passa une soirée entière à manipuler des bris de verre à l'aide de l'air, alors qu'une tempête, écho de celle qu'il tentait de déclencher pour assembler les morceaux devant ses yeux, se déchaînait dans son esprit. Il était tellement frustré, tellement furieux ! Alors qu'enfin, une personne capable de soigner sa sœur était apparue, voilà qu'elle ne pouvait aller l'aider ! Quelqu'un dont le talent n'était plus à prouver, et dont le pouvoir était tel qu'un banal récipient ne suffisait pas à le retenir ! Il était si près, si près de voir sa sœur être enfin heureuse, capable de marcher et de vivre normalement... Et il y avait cet obstacle, ce mur qu'il ne parvenait à franchir.

Comme mû par une volonté propre, un éclat de verre alla se fracasser contre une amphore, qui explosa sous la violence du choc. Abasourdi, Imad resta silencieux, dans un mélange d'effroi et d'étonnement. Alors quoi, même le vent était en colère ? Une nouvelle vague se déchaîna en lui, et ce furent quatre morceaux qui se levèrent pour se jeter sur la table en bois de la pièce étroite où s'exerçait le Nalcien. Nerveusement, les fragments allèrent se ficher dans le meuble, hérissant le matériau comme la fourrure d'un Voltali. En posant son regard sur les débris, Imad songea soudain que ce qu'il avait pris pour un caprice du vent n'était peut-être, en réalité, que la réaction de ce dernier à ses propres variations d'humeur. Tout en se sentant comme un élève effronté et insolent (il osait assimiler les mouvements de l'air à ses propres sensations !), le Nalcien inspira profondément pour se calmer. Aussitôt, les fragments tremblotèrent et se délogèrent d'eux-mêmes du bois tendre pour se poser, doucement, sur le sol, comme des perles de rosée du matin.

Était-ce là un message envoyé par une quelconque divinité de la nature, et porté par les courants ? Était-ce un moyen de lui faire comprendre que c'était à lui, et à lui seul, de parvenir à acheminer le remède pour Naïma, avec ses propres talents ? L'image de sa jeune sœur s'imposa à ses paupières closes, tandis qu'autour de lui, une brise bienveillante se levait. Dans un tourbillon incolore, mais plein de chaleur, les bris de verre dansèrent, sans s'arrêter, ondulant au rythme des pulsations de l'âme d'Imad. Même si le doute ne l'avait pas complètement quitté, toute trace de haine ou de chagrin avait disparu de son être. Si Sookye ne pouvait se déplacer en personne pour Naïma, c'était à lui de faire le lien entre son ami et sa sœur. Oui... C'était son rôle, et sa responsabilité. Il était le frère qui devait protéger ce qu'il avait de plus cher, pas le simple fils d'ambassadeur qui demandait à autrui d'accomplir son devoir à sa place. Si lui-même, en tant que frère, n'osait pas et ne prenait pas de risques, alors même qu'il était animé de sentiments sincères et forts pour sa chère Naïma, il était impossible que des étrangers, aussi gentils et dévoués soient-ils, réussissent à accomplir ce qu'il avait échoué à réaliser jusqu'alors. Les fragments de verre se rassemblèrent, en une lumière éclatante, qui éclaira le village tout entier.

Imad avait donné forme à une fiole tremblotante et peu solide, mais bien réelle. Alors, enthousiastes, les trois Mizuhaniens, en découvrant ce miracle, s'empressèrent de montrer la création du jeune homme à Sookye, qui fut ravi de voir une progression dans le travail de ses camarades. Ce fut avec une grande surprise qu'il apprit que c'était Imad qui était à l'origine de cette fiole, et il félicita le Nalcien chaleureusement. « Tu vois, tu as toi aussi de grands pouvoirs. Maintenant que tu as créé cette fiole, essaie d'en séparer un morceau des autres, afin que je puisse mettre ma Bulle à l'intérieur. »

Effrayé par l'idée de briser ce qu'il avait mis tant de temps à assembler, Imad, avec beaucoup de précautions, réussit à ouvrir une brèche dans son récipient, ce récipient qu'il était le seul à pouvoir ouvrir : de même que le Nalcien n'ouvrait son cœur qu'aux vents et aux courants salvateurs, de même la fiole ne se dévoilait dans toute sa complexité qu'à celui qui avait su la construire et la rendait vivante et entière. Le Remous brillant de Sookye s'y engouffra avec force, et les parois de la fiole s'agitèrent, comme troublées par les eaux chargées de puissance. Mais, déterminé, Imad combla la brèche, aidé par les trois apprentis, qui semblaient, en cet instant, incarner le soutien et l'aide dont Imad avait encore besoin pour chasser ses doutes définitivement. Ils mêlèrent leur propre pouvoir à celui du vent, afin que le précieux talent de Sookye ne soit pas gâché et ne puisse pas fuir la fiole. Avec leurs efforts combinés, ils réussirent à maintenir l'eau dans le récipient, qui se ferma enfin complètement.

Au lieu du verre simple et fragile, il y avait maintenant une paroi parfaitement lisse et brillante qui entourait la Bulle. La fiole elle-même était parcourue de volutes, comme si des courants aériens dansaient à l'intérieur, et l'onde, enfin apaisée, reposait calmement dans son conteneur désormais magique, et rempli de sentiments entremêlés. En s'approchant de la fiole, Imad, Sookye et les trois compagnons purent presque entendre des murmures et des chuchotements en émaner, ce qui ne manqua pas de les surprendre ! Mais avec un doux sourire, le Mizuhanien dit à son ami : « Tu vois... Tu as réussi. Tu peux maintenant apporter cette fiole en Nalcia, et en faire boire le contenu à Naïma. Je vais prier sincèrement pour pouvoir vous rejoindre au plus vite, mais j'ai bon espoir quant à son état : quand elle aura bu cette eau, que tu auras transportée dans cette fiole de cristal de vent, elle ne pourra qu'aller mieux. »

Convaincu que sa sœur se porterait mieux avec ce fragment d'espoir et de bonté qu'il allait lui apporter, Imad rentra chez lui, puis administra ce remède que son ami lui avait donné en lui souhaitant de se rétablir de tout son cœur, et avec toute la sincérité qu'il lui connaissait. La fiole s'ouvrit en même temps que le cœur du jeune ambassadeur, et le précieux liquide se déversa dans le corps et l'âme mêmes de la jeune femme. Comme Sookye l'avait promis, la Bulle parfaite permit au corps de Naïma de se rétablir et à son esprit de se purifier, et lorsque le Marcheur put enfin se rendre en personne à son chevet, il acheva sa guérison grâce à ses dons, qu'il avait développés dans le seul but de la sauver.

Les trois compagnons de Sookye, forts de la découverte d'une nouvelle technique d'Alchimie, ouvrirent une école consacrée à cet art à Arkan, tandis qu'Imad en fit construire une à Alfen, afin d'enseigner le savoir qu'ils avaient acquis à ceux qui désiraient maîtriser les interactions des éléments et de la nature. D'un commun accord, ils décidèrent de donner un nom à cette technique, qui ouvrait une voie inédite aux passionnés d'Alchimie, en faisant référence à ce qui les avait tous attirés et réunis autour d'une seule et même cause. Ils la baptisèrent alors « magnétisme élémental », suscitant la curiosité de l'ensemble de la communauté des Alchimistes et offrant à leurs recherches des possibilités et des chemins inexplorés.

Mais plutôt que des cours classiques, ce furent un dialogue et un échange permanent avec les élèves qu'instaurèrent les jeunes maîtres, afin de toujours progresser, en même temps que leurs disciples, sans jamais considérer ce qu'ils savaient comme une science certaine, grâce à ce que leur propre expérience leur avait appris. Le Nalcien baptisa la fiole qu'il avait créée « fiole de Kazecristal », en hommage au pays et aux jeunes gens qui l'avaient aidé à l'élaborer. Grâce aux dons et aux sentiments de ces garçons talentueux, qui avaient compris qu'oser ne suffisait pas toujours, et qu'il fallait parfois travailler en harmonie, le magnétisme élémental était né.

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