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- Merci à Mizuki Ana pour sa coopération sur cet article.


L'origine de cette histoire n'est pas connue précisément. On en retrouve plusieurs versions, selon la région d'Érasia. Le contexte change parfois, certains protagonistes aussi, mais deux points particuliers demeurent : les héros du récit sont une jeune femme et son Alakazam. Le nom « Lo » est celui qui revient le plus souvent pour désigner cette pionnière de la maîtrise de l'esprit et des forces psychiques, ainsi sera-t-elle nommée dans cette version du conte.

Ni l'époque, ni le lieu de naissance de Lo n'ont jamais été déterminés. Cette adolescente était la seconde fille d'un homme qui, s'il vivait de nos jours, aurait eu le rôle d'un Champion d'Arène. Mais dans ces temps reculés, il n'y avait pas ce genre de compétition. La notion de dresseur était encore bien vague : les Pokémon étaient des aides dans la vie quotidienne, pour les travaux aux champs, ou la construction. Les Maîtres Élémentaux voyaient parfois en eux des entraîneurs de leur élément, mais ceux qui les entraînaient pour les faire combattre le faisaient avec cruauté, et sans autres règles que la loi du plus fort. La famille de Lo était de ceux-là ; les combats qu'ils préparaient, sanguinaires et brutaux, n'avaient pas cette dimension sympathique et conviviale qu'on leur connaît aujourd'hui dans les arènes. Les Pokémon étaient des esclaves, des gladiateurs sur lesquels on pariait de grosses sommes d'argent, qui devaient se battre pour la bourse de leur maître autant que pour leur propre survie. Le père de Lo était donc entraîneur de Pokémon de combat, spécialisé dans le type Psy.

Lo détestait ces combats, violents et écœurants. Elle ne comprenait pas pourquoi sa famille, en particulier son père et sa sœur aînée, les appréciaient autant, appréciaient de voir toutes ces créatures mourir pour leur simple divertissement. Néanmoins, en tant que fille du Maître Dresseur de Pokémon le plus réputé de la région, la jeune fille avait possédé un Pokémon dès son enfance. La pauvre créature, un Alakazam, avait été entraînée. Mal entraînée. On l'avait forcée à évoluer beaucoup trop tôt, et il n'était capable que de se téléporter, à la grande frustration du chef de famille, qui ne voyait en lui qu'une bouche supplémentaire à nourrir, parfaitement inutile. Par chance pour lui, le Pokémon ne mangeait que peu, préférant méditer et dormir. Ce rationnement lui avait évité d'être mis purement et simplement à la rue, voire jeté en pâture aux autres créatures dans une arène. Lo aimait beaucoup cet Alakazam, malgré son handicap, et il le lui rendait bien. C'était, pour ainsi dire, son seul ami.

Un jour, l'apprentie dresseuse eut une querelle avec sa grande sœur. Ces deux-là s'entendaient comme chien et chat : elles n'étaient d'accord sur rien et ne se supportaient pas... Et malheureusement pour Lo, leurs parents préféraient son aînée. Elle était la plus louée, la plus gâtée, et évidemment, la plus défendue lors des conflits. Néanmoins, cette fois, la plus jeune en eut assez, et défia sa sœur en duel, l'une contre l'autre, sans faire intervenir leurs parents. Même si le Pokémon de l'autre, un Groret, était bien plus puissant que son propre Alakazam, elle était loin du niveau de leur père. Lo savait qu'elle avait une chance. Sa sœur accepta le combat sans rechigner, et le planifia pour le lendemain. Néanmoins, lorsque la cadette arriva dans l'arène, elle ne se retrouva pas face à la défiée, mais face à leur père. Interloquée, Lo demanda une explication. Pourquoi sa sœur, qu'elle devait affronter, se trouvait-elle à l'autre bout du terrain, cachée dans les bras de sa mère ?

Le chef de famille expliqua que l'affront fait à son aînée était équivalent à un affront fait à lui directement. La gorge de la jeune fille se serra, face à cette nouvelle trahison de la préférée de la famille. Retenant ses sanglots, elle osa demander pourquoi les affronts que lui faisaient sa sœur n'étaient-ils pas considérés de la même manière... Pourquoi elle-même n'était pas défendue. Son père ne se donna même pas la peine de répondre, et fit appel à son Métalosse, prêt à entamer le combat. Lo fit, presque inconsciemment, un pas en arrière.

« Père, je ne peux vous affronter. Ça n'a pas de sens. »

L'homme l'ignora proprement et demanda à sa créature, brutale et servile, d'effectuer un Poing Météor sur l'Alakazam, incapable de se défendre ou même de contre-attaquer. L'apprentie dresseuse ressentit le coup comme si elle le subissait elle-même, alors que la créature d'Acier n'avait pas encore frappé. C'était comme si son père, son géniteur, avait expressément ordonné au monstre de métal, de l'attaquer elle, sa propre fille. C'était la pire marque de rejet qu'il n'avait jamais pu lui montrer. Lo ressentit une blessure dans son cœur, et, avant que les choses n'empirent, elle prit sa décision. Il n'y avait plus rien pour elle dans cette famille, plus la moindre place. Il n'y en avait sans doute jamais eu. Alors elle prononça son ordre, persuadée que son camarade comprendrait.

« Téléport... »

Le poing du Métalosse frappa le vide. L'Alakazam et sa dresseuse avaient disparu. Ils avaient quitté leur foyer, à la recherche d'une vie meilleure. Lo avait alors 14 ans.

Pour survivre, la jeune fille dut faire appel très souvent à l'unique don de son Pokémon. Incapables l'un comme l'autre de se battre, la fuite restait leur option principale en cas d'attaque. Incapable de se nourrir autrement qu'en cueillant sa pitance, la jeune fille perdit rapidement du poids et s'affaiblit énormément. Mais dans le même temps, elle se rapprochait de plus en plus d'Alakazam, qui lui était infiniment reconnaissant de l'avoir suivi dans sa fugue. Le jeûne lui donnait parfois l'impression d'entendre la voix de son ami dans sa tête, l'encourageant jour après jour. C'était pourtant uniquement le fruit de son imagination, le Pokémon n'étant pas télépathe. Après quelques semaines seulement, les deux fugueurs commencèrent à considérer toute la folie de leur fuite. Ils couraient droit devant eux mais ne pouvaient aller nulle part, de cette manière. Ce fut Lo qui, la première, fit la proposition : l'absence de pouvoirs de son Alakazam n'était peut-être pas une fatalité. Il fallait simplement lui apprendre à se servir des forces psychiques. Malheureusement, les seuls maîtres en terme de Pokémon psychiques qu'ils connaissaient tous les deux étaient les membres de la famille de la jeune fille. Les deux amis préféraient s'en sortir par leurs propres moyens que de retourner avouer leur échec chez les maîtres entraîneurs, et en subir les conséquences.

L'histoire dit que Lo et son Alakazam firent alors le tour du monde, visitant les temples sur leur chemin, à la recherche d'apprentissage par la foi et la méditation, à la manière des hommes apprenant la maîtrise de leur élément. Car les forces de l'esprit étaient l'élément de son Pokémon, enfouies en lui comme les quatre forces de la balance du monde dans le corps d'un maître qui s'ignore. Sa camarade en était persuadée. Ces visites leur permirent à tous les deux de développer certaines aptitudes. La patience, la sérénité, la confiance mutuelle. Le Pokémon apprit la technique du Yoga et de la Plénitude, et même si ce n'était qu'un petit pas en avant, il s'agissait des deux premières attaques que la créature parvenait à maîtriser depuis son évolution ; les deux amis fêtèrent cet événement dignement.

L'idée d'apprendre non pas des humains mais d'autres Pokémon comme lui germa dans leurs esprits lorsqu'ils commencèrent à ne plus voir le moindre progrès chez l'humanoïde. Ils remercièrent les moines pour leur hospitalité et leurs enseignements, et repartirent en voyage, avec une confiance nouvellement acquise. Les fuites se firent moins nombreuses : pour une raison qu'ils ignoraient tous les deux, Lo se trouvait capable de déterminer au premier regard ou au premier mot d'un inconnu si celui-ci avait ou non des intentions pacifiques. Ce don mystérieux leur fut d'un grand soutien, car ils n'avaient plus peur d'aller vers les autres pour leur demander ou leur proposer de l'aide, humains ou Pokémon. Car ces derniers aussi avaient parfois tendance à se montrer agressifs et peu avenants. Lors de leur recherche de nouveaux professeurs, Alakazam et son amie préféraient les éviter. Par principe, ils ne s'approchèrent pas de ce qui ressemblait de près ou de loin à des Groret ou des Métalosse.

La proximité de congénères qui, contrairement à ceux qu'il avait eu l'occasion de rencontrer, ne cherchaient pas à le tuer, fut grandement bénéfique au Pokémon Psy. Mais étonnamment, ce fut sa camarade Lo qui développa des talents psychiques la première. Tandis que le Pokémon peinait à maîtriser la Lévitation ou la Télékynésie, sa compagne était déjà experte dans ces deux domaines et montrait un talent certain pour la Télépathie et la Clairvoyance. Elle parvenait à voir le passé comme le futur, avec un succès relatif, certes, mais un succès quand même. Et malgré toute l'amitié et tout le respect que ressentait l'Alakazam pour la jeune femme, désormais presque adulte, voir ses efforts rester vains et son amie réussir là où il échouait fut une blessure au cœur difficilement supportable. Lo était une humaine, simplement une humaine. Les humains maîtrisaient les quatre éléments, même si elle en était incapable. Ils ne maîtrisaient pas les forces psychiques. Les Alakazam, de leur côté, étaient censés être des maîtres en la matière.

La frustration, la honte et la jalousie submergèrent le jeune Pokémon, qui décida alors de s'enfuir. Consciente des raisons de la fugue de son ami, Lo ne le retint pas, songeant qu'un peu de solitude lui ferait du bien. De toute façon, avec ses nouveaux pouvoirs, elle parvenait à ressentir sa présence et pensait pouvoir être capable de le retrouver et de l'aider s'il lui arrivait des ennuis. Mais tandis que l'Alakazam s'éloignait, les forces psychiques de la jeune femme s'écoulaient avec lui. Elle se rendit compte à ce moment-là que ce n'était pas grâce à ses professeurs Pokémon, pas plus que ses propres dons, qu'elle était capable des prodiges qu'elle avait montrés jusqu'alors ; c'était uniquement sa proximité avec son camarade qui l'en rendait capable. Et cette proximité, autant physique que mentale, était en train de disparaître. La jeune fille se mit immédiatement en quête de son allié.

Craignant de perdre les ondes qu'il semblait émettre, Lo dut admettre qu'elles furent au contraire plutôt facile à repérer. La relation qui existait entre les deux êtres était plus forte que ce qu'ils semblaient croire, tous les deux. Il ne lui fallut pas énormément de temps pour rejoindre l'Alakazam, malgré ses Téléports à répétition que la jeune femme parvenait à imiter. Lorsqu'enfin ils se retrouvèrent face à face, l'adolescente, trop habituée aux contacts mentaux, commença par attraper celui qu'elle poursuivait par Télékynésie. Ce fut un affront de trop pour le Pokémon, qui se dégagea et libéra, de rage, un puissant Choc Mental qui alla frapper celle qui avait tout sacrifié pour lui. Lorsqu'il réalisa son geste, il ne put songer à ce réjouir de cet immense et soudain progrès ; la créature se précipita vers la jeune femme, la voyant déjà morte, à cause de lui. Mais il se trompait : elle était bien vivante, et souriait. Certes, le coup l'avait sérieusement sonnée. Mais elle voyait en cela la preuve de ce en quoi elle avait toujours cru : le potentiel de son Pokémon était bien plus grand que ce que ses parents, les moines ou même les créatures sauvages avaient bien voulu voir. Et s'ils avaient tous été incapables de l'entraîner, elle le ferait.

Lo avait plus d'une vingtaine d'années lorsqu'elle revint finalement chez elle. Nul n'aurait pu reconnaître en cette femme grande, calme, et à l'aura mystérieuse la petite fille qui avait fui des années plus tôt. Lorsqu'elle entra dans l'arène de combat de sa famille, sans un mot, sans la moindre invitation, personne n'osa s'interposer, et elle s'avança droit vers le chef de famille, son père. S'il l'avait reconnue, il n'en montra pas le moindre signe, mais sa fille aînée, à ses côtés, se tortilla étrangement, comme gênée par cette présence étrangement familière chez elle. Comme chaque jour depuis sa fugue, la jeune femme était accompagné de son Alakazam. Il était devenu encore plus méconnaissable que sa dresseuse et amie. Plus grand, manifestement plus puissant. Il ne marchait plus, mais lévitait. Il ne regardait plus le monde à travers ses yeux désormais clos, mais le ressentait. Sans se rendre compte de qui il s'agissait, ceux qui posaient leur regard sur lui pouvait sentir toute la force mentale qui émanait de la créature.

Lo était venue demander une audience à son père. Plus exactement, ce fut un duel qu'elle proposa. Une revanche, dit-elle, tandis que les hommes de sa maison se demandaient ce que cette « inconnue » entendait par là. Le patriarche, joueur sadique, accepta le défi d'un signe de tête. On prépara le terrain pour un match Pokémon digne de la maison des maîtres du type Psy, brutal et sanglant. Tout le monde était persuadé que la Challenger repartirait seule et la bourse vide, ce soir : son Alakazam se serait alors fait mettre en charpie par les disciples du maître, et l'argent du pari, car il y avait toujours un pari dans ce genre de situation, aurait changé de poche. Mais cette femme-là ne demanda pas d'argent en récompense. En fait, elle ne demanda absolument rien. Elle ne s'entretint même pas avec le dirigeant de la maison pour les conditions du duel. Elle resta de son côté tandis qu'on préparait celui-ci.

Le combat débuta finalement. Sans surprise, le père de Lo fit appel à son Métalosse, qui, s'il avait gagné depuis toutes ces années autant de cicatrices qu'il n'avait connu de victoire, ne semblait pas tellement plus puissant qu'auparavant. La femme pouvait le voir, désormais. Elle percevait tout ce que cette bête avait de pathétique et de stupide, de servile même. Elle ne l'impressionnait plus. Lo ne bougea pas, cette fois. Il se passa quelques instants avant que la foule ne se mette à murmurer, car la jeune femme ne se déplaça réellement pas d'un mètre. De fait, elle se tenait au milieu du terrain, à la place habituellement réservée au Pokémon affrontant le maître, tandis que l'Alakazam, en retrait, était posté à la place prévue pour le Challenger. La rumeur enfla, et le père de Lo hésitait, songeant qu'il avait affaire à une attardée. Mais la jeune femme l'observa, levant le sourcil comme pour lui demander ce qu'il attendait. Ce geste irrita le Maître Dresseur. Puisqu'elle restait là, il allait lui faire comprendre. Dévoilant un sourire carnassier, le géniteur de la demoiselle engagea le combat.

Le monstre de métal s'approcha pour frapper la frêle humaine de son poing d'acier, mais avant qu'il ne la touche, elle leva le bras : aussitôt le corps massif de son adversaire s'immobilisa, avant d'être projeté contre un mur. Secoué, mais loin d'être hors-combat, le Pokémon se releva, et chercha une nouvelle fois à faire tâter l'insolente de son poing. Une nouvelle fois, un geste de sa part l'envoya au loin comme une poupée de chiffon. L'assistance était sidérée, croyant à une ruse. Personne ne comprenait comment l'Alakazam pouvait agir sur le Métalosse à une telle distance, sans faire le moindre geste. Car il était évident pour tous que c'était bien le Pokémon qui protégeait sa dresseuse, et pas la jeune femme qui maîtrisait ces forces animales. L'autre mystère était la raison de cette mise en danger, au milieu du terrain, à l'emplacement des bêtes. Quelques minutes plus tôt, tous pensaient que c'était du suicide. Devant la tournure que prenait la situation, c'était juste une bizarrerie. Une bizarrerie qui était en train, très clairement, d'humilier leur maître.

L'homme enrageait effectivement devant ces multiples esquives. Non seulement cet Alakazam était plus puissant que son Métalosse, ce qui était déjà suffisamment vexant en soi... Mais il refusait de l'affronter directement et de le divertir de ses coups et de son sang ? Le père de Lo hurla.

« Bats-toi, bête ! Bats-toi comme le monstre servile que tu es ! Et toi, l'étrangère ! N'as-tu pas d'honneur pour te rendre sur le terrain comme une vulgaire animale ! Comme la Pokémon de ton Alakazam ? Je refuse de poursuivre ce combat si ta créature ne se rend pas immédiatement à la place qui lui revient ! — C'est moi, l'adversaire de ton Pokémon, père. Et ton Métalosse l'a compris, lui. »

Effectivement, le monstre de métal subissait désormais l'assaut mental de la jeune fille. Cette force n'avait rien de celle d'un Alakazam. Outre la façon dont l'étrangère avait appelé leur maître, les gens de la maison furent ébahis de voir la jeune femme se mettre à flotter pour se positionner à la verticale de son opposant, exerçant sur lui une force semblable à dix gravités. Le Pokémon que rien ne semblait pouvoir blesser s'écrasa sous son propre poids multiplié par dix. En plus de cette puissance physique, le Métalosse subissait une Rafale Psy qui l'affaiblissait mentalement. Ses gémissements métalliques annonçaient la fin prochaine du combat... Mais le maître de l'arène de combat ne l'entendit pas de cette oreille. Il fit un signe à sa fille aînée.

L'instant suivant, l'Alakazam ouvrait les yeux et se téléportait dans le dos de sa dresseuse, érigeant une barrière magique sur laquelle vint s'écraser le Groret de sa sœur. Le fourbe avait tenté de la frapper dans le dos, mais le duo de mentalistes était désormais réuni : rien ne saurait ni les arrêter, ni les séparer. Afin d'en faire une démonstration à l'assistance, ils libérèrent un cri mental et prirent le contrôle des esprits présents. L'arène devint soudainement d'un calme irréel. Face aux visages sans expression, Lo fit son discours de présentation.

Je suis Lo, Maîtresse de l'Esprit. Celui qui contrôle l'esprit contrôle ses semblables, ses alliés comme ses ennemis. Celui qui contrôle l'esprit contrôle le monde. Celui qui contrôle l'esprit peut le détruire à l'envi.

La femme observa l'assemblée en disant cela. Les faciès restèrent immobiles, mais une étincelle de peur traversa de nombreux yeux.

Vous avez tous pris conscience de qui je suis, pourquoi je suis revenue, et pourquoi j'étais partie. Beaucoup d'entre vous chercheraient une vengeance s'ils avaient mes pouvoirs, s'ils avaient vécu ce que j'ai vécu. Ceux-là même sont les plus effrayés, n'est-ce pas ? Car ils pensent... Ils savent que je viens pour ma vengeance.

Cette fois, Lo regarda sa propre famille droit dans les yeux. Elle perçut les tremblements de sa sœur aînée. Oui, cette femme se serait vengée, de la pire façon possible, dans une situation contraire. Son père, lui, parvenait à se contenir. Avec tant de monde sous son contrôle, elle était incapable de savoir quelles étaient ses pensées, mais peu lui importait, au fond. La mentaliste soupira.

Ils se trompent. Je ne m'abaisserai pas à ce niveau. Votre niveau. Je suis revenue du bout du monde, j'ai découvert énormément de choses avec énormément de personnes et de créatures. Et je ne suis pas là pour me venger, car, croyez-moi, cela serait trop simple et trop peu amusant. Oui, comme je l'ai dit, je peux tous vous briser ici et maintenant.

Elle hésita sur la suite de ce qu'elle voulait dire. Elle n'était pas sûre du tout qu'il s'agissait d'une bonne idée. Elle ne savait pas à quels dangers elle risquait de devoir se mesurer en cas d'échec ou, au contraire, de réussite. Mais Lo, loin d'avoir toutes les qualités, souhaitait néanmoins faire le bien autour d'elle, et partager le plaisir qu'elle avait ressenti dans son voyage initiatique.

Je ne suis pas là pour me venger, car je préfère vous apprendre. Vous apprendre ce don que j'ai découvert, et qui est accessible à tous pour peu que vous y mettiez de la volonté. De la patience. Et surtout, du respect envers les Pokémon. Ces créatures aux multiples pouvoirs ne sont pas que des bêtes de foire, tout juste bonnes à se battre. Celui qui pense ainsi ne pourra jamais accéder à la maîtrise des forces de l'Esprit. Celui qui choisit d'apprendre de l'autre s'en verra grandi. Que ceux qui le souhaitent, et que je jugerai dignes, me rejoignent. J'attendrai.

Lo se retira de l'arène, libérant ses victimes. Quelques-uns se mirent à sa poursuite, mais la jeune femme avait déjà disparu. D'autres réfléchissaient déjà à son offre, soit pour critiquer cette folie de montrer le moindre respect envers des bêtes faites pour servir, soit pour, au contraire, envisager une telle possibilité. Le chef de famille ne fit pas le moindre commentaire et se retira, le visage dur.

Dans les semaines qui suivirent, de nombreux disciples du maître entraîneur se mirent à la recherche de Lo pour suivre ses enseignements. Certains d'entre eux restèrent incapables de la trouver, où qu'ils cherchent, mais d'autres, plus nombreux, la croisèrent aux alentours de l'arène sitôt qu'ils exprimaient le souhait de la rencontrer. Il était aisé pour la jeune femme de semer ceux dont les sentiments profonds trahissaient le mépris des Pokémon et de son art : à ceux-là, jamais elle n'apparaissait. Les combats se raréfièrent à l'arène de son père, de moins en moins suivis et approuvés par les gens de sa maison. Parallèlement, de plus en plus de Lieurs et Maîtres de l'Esprit apparurent dans la région, porteurs de la bonne parole, et détenteurs de grands pouvoirs, même si peu pouvaient rivaliser avec la première maîtresse.

L'arène de gladiateurs Pokémon ferma un jour ses portes, à jamais. L'explication reste floue : une version de l'histoire raconte que le maître des lieux, de dépit, renvoya toutes ses gens et s'emmura vivant dans ce qu'il restait de sa grandeur passée. Une autre encore rapporte que Lo décida un beau matin de revenir sur sa parole, et qu'elle arriva à l'arène pour briser les esprits de tous ceux qui ne l'avaient pas rejointe.

Mais la dernière variante, plus probable, plus morale et plus souvent racontée, est la suivante. Entre ceux qui étaient partis devenir Maîtres de l'Esprit, et ceux qui avaient été refusés par Lo et son Alakazam, la maison de son père s'était vidée de toutes ses âmes, exception faite de la famille de la jeune fille. Par fierté ou par peur, aucun des trois n'avait tenté de rechercher leur fille et sœur. Mais quelque chose fit changer d'avis l'aînée et son père. Peut-être était-ce la perspective du pouvoir apporté par la nouvelle maîtrise de l'esprit. Peut-être était-ce le désir de se réconcilier avec Lo. En tout cas, ils partirent tous les deux, l'un après l'autre, à la recherche de cette dernière, laissant la mère de famille, peu intéressée par ce genre d'histoire, et trop fière pour s'incliner face à sa fille méprisée, derrière et esseulée. Puisqu'on ne les vit pas revenir, il sembla que la dresseuse d'Alakazam, convaincue du changement de leurs sentiments à son égard, les accepta parmi ses disciples et leur enseigna ses techniques. Ainsi abandonnée par sa famille, la mère de Lo quitta l'arène et partit refaire sa vie ailleurs.

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